Daniel Frydman au CCAN

Nous avons le grand plaisir de vous annoncer la venue de Daniel Frydman dans les locaux du CCAN, 6 impasse Copernic à Nantes,

le jeudi 21 mai à 18.00, 

pour son livre « L’Appel judéo chrétien »

Daniel Frydman, médecin psychiatre, marié et père de 4 enfants, a écrit ce livre à 4 mains avec son épouse, Magali.

David n’avait jamais prié, il découvre les richesses de la foi tout en prolongeant l’héritage de sa judéité en accueillant celui que nous offre l’Église. À ses côtés, Magali retrouve la foi en Christ qu’elle avait mise de côté en lui donnant une nouvelle dimension.

Nous vous attendons nombreux pour ce moment de réflexion et d’échanges autour d’une double identité, judéo chrétienne !

Pour nous préparer à cette rencontre, nous vous proposons de lire, ci-dessous,  l’entretien que Daniel Frydman a bien voulu accorder à Maddy Verdon.

 

« Bonjour Daniel Frydman,

Vous venez de publier aux éditions « Les impliqués » un ouvrage intitulé « L’appel judéo chrétien » dans lequel vous racontez votre conversion au christianisme, au catholicisme alors que vous êtes né juif. Pourquoi ? Quel besoin avez-vous ressenti ? celui de témoigner ? de confesser ? de transmettre ?

Ecrire est déjà en soi un besoin ! Libéré de mes activités professionnelles, j’ai commencé à retracer mon cheminement, ce qu’étaient devenues mes convictions.

Au départ je voulais surtout témoigner, avec le souci de l’authenticité et de l’honnêteté, Dans cette optique je voulais que l’interprétation du lecteur ne soit pas influencée par d’éventuels préjugés quant aux motivations, comme le seraient l’assimilation, le prosélytisme ou l’adhésion à la substitution.

. Car mon itinéraire a été guidé, avant tout, par l’émergence de ma foi en Christ, qui m’a conduit vers le baptême.

Au fil des pages l’importance de mon attachement à mes racines et à Israël s’est révélée. J’ai voulu en témoigner.

 – Pouvez-vous nous dire un mot de votre famille ?

Une famille unie entre mes parents mes frères et moi durant mon enfance, bien intégrée en France, je détaille certains événements dans mon livre, ainsi que  l’héritage de nos origines juives d’Europe centrale, la shoah et ce qui a suivi cette épreuve.

 – Vous écrivez que votre famille n’était pas pratiquante. Mais la tradition, était-elle absente de votre quotidien ?

C’est toute la question de l’appartenance à la judéité, qui forcément implique un lien avec la référence religieuse, même en l’absence de pratique régulière.

La fréquentation de la synagogue n’était que très occasionnelle, au gré des événements familiaux ou amicaux.

 – Vous avez fait le choix de la médecine. Vous êtes devenu psychiatre. Pensez-vous que vous avez été influencé par votre histoire, par celle de votre famille, victime de la Shoah ? un besoin de comprendre ? de réparer ?

J’avais à cœur de faire figurer cette dimension dans mon cheminement.

La blessure laissée par la shoah est entrée en ligne de compte. La possibilité de soigner, au sens de « prendre soin » à la suite de mes oncle et tante devenus eux aussi médecins, m’ouvrait une perspective de prise de responsabilité, vis-à-vis de la maladie et de la souffrance. La médecine m’offrait une place dans la société, différente des générations qui m’ont précédé.

La découverte de la psychiatrie m’a rapidement conquis. J’entrais plus en profondeur dans la vie de mes patients, ce qui me rapprochait des questions existentielles, voire spirituelles.

– Vos convictions religieuses n’étaient pas votre préoccupation du moment. Est-ce à cause de cela que vous vous êtes engagé dans un mariage mixte avec une chrétienne ? Cela a-t-il changé quelque chose pour vous ?

Croire que le fait de ne pas être pratiquant conduirait au mariage mixte, serait une illusion. Cela n’a absolument pas atténué, à mon avis, la prise de conscience de ce choix , délibéré, et responsable.

Plus tard j’ai compris qu’il s’agissait d’une grâce qui m’a été donnée, prémices de ma vocation propre.

– A quel moment vous êtes-vous senti appelé par la foi en Jésus ? Par la foi de Jésus ?

La « rencontre » avec le Christ a été préparée, par la suggestion providentielle de la part d’amis proches, d’assister à une retraite. Elle aura permis l’émergence de mon oui décisif.

– Cette conversion a-t-elle été un tremblement dans votre famille juive ? à l’image de la réaction des parents de Gad El Maleh dans son film «Reste un peu» ?

J’ai tenu à annoncer et expliciter par écrit mon entrée en catéchuménat à mes parents. Leur désapprobation a été immédiate et vigoureuse, toujours par écrit, mais il n’y a pas eu d’affrontements directs, nous avons mutuellement évité cela. Contrairement à Gad El Maleh je n’ai pas sollicité de leur part un changement d’attitude. Nous nous en sommes tenus à cette réserve qui a permis le maintien de la relation.

– Comme tous les convertis, vous êtes devenu un chrétien sincère, fervent, prêt à se dévouer pour son Eglise mais que faites-vous aujourd’hui de votre judéité ? A-t-elle encore une place dans votre vie ? Comment ?

Je n’ai pas eu à faire appel à de grands engagements, mais j’ai fréquenté les milieux où l’on est sensible à l’amitié judéo-chrétienne. L’écriture de « l’appel judéo-chrétien de David et Magali » m’a ouvert une autre dimension pour témoigner.

– A propos du Mystère d’Israël, vous écrivez «Oserais-je dire que c’est l’étoile jaune qui porte aujourd’hui sa croix». Pouvez-vous nous expliquer votre pensée ?

Certes l’expression peut surprendre ! Cela est à rapprocher de la page 101 : « Aujourd’hui Israël rejoint les souffrances du Christ, c’est le prix de l’Alliance ».

– Gardez-vous des liens avec le monde juif de France, d’Israël ?

Des liens familiaux et amicaux. Nous sommes, mon épouse et moi, très proches de la communauté de l’abbaye d’Abu Gosh, présence chrétienne en terre d’Israël, ouverte sans discrimination à tous les Israéliens ,qu’ils soient  juifs ou  arabes musulmans et chrétiens.

– Et vos enfants, vous en avez quatre, je crois, comment vivent-ils votre double identité ? La partagent-ils ? De quelle manière ?

Ils sont à présent adultes, conscients de cet héritage, mais je ne me permettrais pas de m’exprimer à leur place.

– Pour conclure, notre entretien, j’ai constaté que le prophète Jonas vous accompagne tout au long de votre ouvrage. Est-ce parce que vous sentez-vous proche de lui ?

Absolument ! J’avais même pensé suivre la trame du livre de Jonas pour l’architecture de mon livre. Car je ne me contente pas de la lecture du seul « signe de Jonas » évoqué par Jésus Lui-même, signe habituellement rapproché du passage par le gros poisson. La suite me semble tout aussi importante : le passage autour de la conversion de Ninive suivi de celui du ricin. J’y vois une intuition de l’appel à l’ouverture aux nations, et des résistances dont Jonas, une fois de plus, essaye de se dérober.

Merci Daniel Frydman de vous être prêté si cordialement à répondre à nos questions.

Très bonne lecture de votre ouvrage à tous ceux à qui nous avons donné l’envie de le lire… »

L’ouvrage de Daniel Frydman sera en vente au CCAN le jour de la rencontre.

 

 

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Ascension, c’était hier. Chavouot-Pentecôte, c’est demain, mais ensemble !

Il y a quelques jours, pour les chrétiens c’était la fête de l’Ascension, qui célèbre la montée de Jésus vers Dieu son Père. Elle est fêtée en France le jeudi de l’Ascension, quarante jours après Pâques. Mort et ressuscité, il quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint.

Ecoutons Marc Durand, sur le site du blog « Garrigues et sentiers« 

« 40 jours ont été donnés pour laisser le temps de prendre la mesure de l’événement (entre Pâques et l’Ascension). Les disciples devaient comprendre que désormais s’ouvraient des temps nouveaux, le vieux monde était renouvelé totalement. Il a fallu quarante ans au désert pour que le peuple digère sa libération effectuée par Dieu, 40 jours dans l’Horeb à Elie pour intérioriser sa mission, 40 jours à Jésus pour se préparer après son baptême. 40 jours ont paru nécessaires pour que les disciples se fassent à cette idée que le Jésus qu’ils avaient côtoyé était devenu le Christ. Que c’était maintenant à eux de partir vers la Galilée. On peut remarquer d’ailleurs que le succès était mitigé, ils en étaient encore à se fixer sur le royaume d’Israël ! Heureusement que Jésus leur promet l’Esprit pour les déboucher ! Pour cela ils doivent venir à Jérusalem une dernière fois, d’où la recréation du monde est partie, où est né le Nouveau Monde issu de la Croix. Puis ils seront envoyés jusqu’aux confins de la Terre…
… La question qui se pose à nous est celle de notre foi en cet autre monde inauguré à Pâques. Quels sont nos critères de jugement, quelle direction prennent nos vies ? Ce monde nouveau qui est instauré n’est pas une éternité sans saveur, il est fini, le temps compte. Nos vies sont finies, mais le monde aussi. Les récits apocalyptiques ne sont pas là pour nous faire peur, mais pour nous empêcher de nous endormir dans une douceur de vivre…puisque Jésus est ressuscité et qu’il nous attend. Le rappel que ce nouveau monde a un but qui n’est pas renvoyé à l’infini, nous oblige à agir dès maintenant, ce que nous ne ferons pas ne sera pas fait, le verre d’eau que nous n’aurons pas donné ne sera pas donné. Peut-être pourrions-nous profiter de ce que nous ne pouvons pas nous consoler par nos belles cérémonies dans nos belles Églises pour décider de ce qui est important, dès maintenant, dans notre dévouement au Christ ressuscité. »

Car tout est possible avec la force de l’Esprit Saint, donné à la Pentecôte.

La Pentecôte : 50 jours après Pâques, Chavouot : 50 jours après Pessah ! Et justement cette année, comme l(an dernier, Pentecôte et Chavouot coïncident.

Chavouot, c’est vendredi 22 mai 2026 et samedi 23 , où se fait la lecture du livre de Ruth) : (début : jeudi soir 21 mai)

Et le dimanche de Pentecôte pour les chrétiens, c’est dimanche 24 mai 2026 avec des célébrations qui commencent aussi le samedi soir 23 mai.

Pentecôte ? Chavouot ? Quel est donc le  lien entre ces deux fêtes ?   Le livre des Actes situe explicitement le don de l’Esprit Saint sur les apôtres en ce jour de la fête  de Chavouot

Les Actes des Apôtres nous disent : « Le jour de la pentecôte (Chavouot), ils étaient ensemble dans le même lieu. Tout d’un coup vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux et il remplit toute la maison où ils étaient assis… et ils furent tous remplis du Saint-Esprit. » Ac 2, 1-4

Rien de mieux, pour comprendre Chavouot et Pentecôte, que de vous rendre sur le site de l‘Amitié Judéo-Chrétienne de France, (ici),  sans tenir compte des dates qui sont évolutives chaque année,où deux articles vous feront entrer dans la compréhension de ces deux fêtes :

 – un article de Anne-Marie Dreyfus sur Chavouot : « La Torah, un don inappropriable »  (lire ici). (les dates sont celles de 2018)

– une présentation de la Pentecôte (lire ici) et une méditation pour Pentecôte de l’abbé Alain-René Arbez « L’origine biblique du signe de croix ». (lire ici).

Et la question spécifique du lien entre Pentecôte et Chavouot est explicitement posée sur le site de l’Eglise de France (un article à ne pas négliger) .

Bonnes fêtes à tous

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« Reste un peu » : du cinéma au CCAN

Comme vous le savez sans doute déjà, l »AJC Nantes a le plaisir de vous proposer une séance de cinéma avec la projection du film

« Reste un peu« 

de et avec Gad Elmaleh

Cette séance aura lieu

le 13 mai à 15.00 au CCAN, 6 impasse Copernic à Nantes.

Venez nombreux pour partager un moment agréable autour de cette comédie.

 

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Il est encore temps de s’inscrire…

L’AJC Nantes a le plaisir de vous annoncer un atelier dont le thème a rarement été traité, à savoir celui du

prophète Ezéchiel

C’est notre ami Antoine Angla qui a accepté de s’atteler à cette tâche aussi délicate que passionnante.

Et pour cela, vous êtes attendus le

mercredi 29.04 à 15.00 h

au pôle Désiré Colombe, salle Jeanne Deroin,

8 rue Arsène Leloup _44100  Nantes

 inscription au 06 64 50 00 19

( entrée libre pour les adhérents – 5 euros pour les non adhérents) 


Voici la présentation que fait Antoine Angla du thème de son atelier

« Le livre du prophète Ezéchiel est assez peu connu, du moins des chrétiens. Cette relative méconnaissance peut être attribuée en partie au style de ce livre un peu déroutant et énigmatique, parfois même surréaliste.    

A la différence de Jérémie resté à Jérusalem, Ezéchiel est en exil avec une partie du peuple d’Israël. La vie n’y est pas facile. Il recherche et dénonce sans concessions les causes profondes du désastre qu’il attribue aux fautes qui ont pu être commises. Mais pour autant, il annonce aussi inlassablement que rien n’est définitivement perdu et que l’espérance reste possible. 

L’Atelier du 29 avril constitue l’occasion d’aborder ce prophète en s’appuyant sur une sélection de plusieurs passages clés du livre.

Bien entendu le sujet ne sera certainement pas épuisé à l’issue de l’atelier, mais si chacun en repartait avec l’envie de relire et de mieux connaître ce grand prophète, l’objectif serait atteint. »

 

Nous espérons vous y retrouver nombreux

 

 

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Un anniversaire marquant…

Le 13 avril de cette année, (c’est-à-dire ce lundi) nous célébrerons le 40e anniversaire du jour où l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, a franchi le seuil d’un lieu de prière juif, la première visite de ce type depuis l’époque apostolique.

Nous vous proposons deux approches de cet anniversaire.

Tout d’abord celle de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, dans un éditorial de M. Jean-Dominique DURAND, président de l’AJCF, qui mérite toute votre attention par la profondeur de son analyse : https://www.ajcf.fr/Il-y-a-quarante-ans-Jean-Paul-II-a-la-Grande-Synagogue-de-Rome.html

Une autre approche émanant de la Conférence épiscopale polonaise. En effet, une lettre revenant sur cet événement, son contexte historique et son importance en tant que jalon dans les relations judéo-chrétiennes a récemment été diffusée par la Conférence épiscopale polonaise (Konferencja Episkopatu Polski). Les Sœurs de Notre Dame de Sion (https://www.notredamedesion.org/40e-anniversaire-de-la-visite-de-jean-paul-ii-a-la-grande-synagogue-de-rome/?lang=fr),  (ainsi que l’Amitié judéo-chrétienne groupe de Nantes) remercient la Conférence épiscopale polonaise de leur avoir donné l’autorisation de diffuser cette lettre, traduite par NDS en français.

Lettre de la Conférence épiscopale polonaise
à l’occasion du 40e anniversaire de la visite de Jean-Paul II à la Grande Synagogue de Rome

Chères sœurs et chers frères,

en ce cinquième dimanche de Carême, l’Évangile proclamé lors de la liturgie nous conduit à Béthanie. C’est là, moins de deux semaines avant sa mort le Vendredi saint, que le Seigneur Jésus – avec une grande puissance et une grande clarté – nous en révèle le sens. Jésus va mourir pour que Lazare reçoive la vie. Lazare sort du tombeau, et Jésus prend sa place dans la mort. L’Évangile décrit le tombeau de Lazare d’une manière analogue au tombeau de Jésus : « C’était une grotte, fermée par une pierre » (Jn 11, 38).

La mort de Jésus est le prix de la vie rendue à Lazare. De plus, sa mort est le prix de la vie rendue à chacun d’entre nous. Ce prix nous parle du plus grand amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). C’est pourquoi ce prix porte en lui une profonde exigence morale : l’honorer, ne pas le piétiner, ne pas le mépriser. Le Christ ne veut pas notre mort – même s’il la permet (comme il a permis la mort de son ami), il ne veut pas que nous y restions. Telle est la logique de l’action salvatrice et de la rédemption de Dieu : notre Seigneur ne nous protège pas comme par magie de la mort spirituelle (qui est le péché) ; pourtant, chaque fois que nous la choisissons, il est prêt à nous en faire sortir. Il n’accepte pas que nous restions dans la mort. Et qui demeure dans la mort ? Saint Jean donne une réponse claire dans sa Première Lettre : « QUICONQUE N’AIME PAS DEMEURE DANS LA MORT » (1 Jn 3, 14). Notons-le : le Verbe ne parle pas ici uniquement de haine. Il parle d’un « manque d’amour », et donc aussi d’indifférence, de passivité, d’insouciance et d’insensibilité.

L’ANTISÉMITISME était (et, malheureusement, reste encore) l’une de ces déficiences mortelles de l’amour. Pourtant, c’est de cette « mort » que le Seigneur nous a fait sortir – et continue de nous faire sortir –, en particulier au cours des soixante dernières années, à travers des événements que nous nous sentons tenus de rappeler à tous.

Le 13 avril de cette année, nous célébrons le quarantième anniversaire du jour où l’évêque de Rome, le successeur de saint Pierre, a franchi le seuil d’une maison de prière juive pour la première fois depuis l’époque apostolique. En ce soir de printemps, après un échange chaleureux d’étreintes avec le Grand Rabbin de Rome, Elio Toaff, saint Jean-Paul II est entré dans la synagogue romaine en procession solennelle, accompagné du chant du Psaume 150 : « Alléluia ! Louez Dieu dans son saint sanctuaire ; louez-le sous la voûte puissante des cieux ». « Je pensais à cette visite depuis longtemps », a avoué le Pape en saluant la communauté juive.

Cette rencontre, il y a quarante ans, n’aurait pas été possible sans un autre événement dont on ne saurait aujourd’hui surestimer l’importance. Il eut lieu vingt ans plus tôt.

Le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II a promulgué la déclaration Nostra aetate (« À notre époque »), sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Elle contient des paroles qui ont marqué un tournant dans les relations entre l’Église catholique et les juifs ainsi que le judaïsme. C’est précisément à ces paroles que saint Jean-Paul II a fait référence dans son discours à la synagogue de Rome. Rappelons-les aujourd’hui :

« La première est que l’Église du Christ découvre son “lien” avec le judaïsme en “sondant son propre mystère”. La religion juive ne nous est pas “extrinsèque”, mais elle est, d’une certaine manière, “intrinsèque” à notre propre religion. Avec le judaïsme, nous avons donc une relation que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères bien-aimés et, d’une certaine manière, on pourrait dire que vous êtes nos frères aînés » (Jean-Paul II, Discours à la Grande Synagogue de Rome, 13 avril 1986, n° 4).

On entend ici un écho des paroles de l’apôtre Paul dans la Lettre aux Romains, où il parle de « rameaux sauvages » – c’est-à-dire les païens – « greffés à leur place », qui sont les Juifs vivant dans l’alliance avec Dieu. L’Église « est venue partager la racine riche de l’olivier ». Les papes qui lui ont succédé ont maintes fois fait référence à la métaphore de l’olivier de Paul, soulignant sa pertinence. « Nous avons redécouvert que le peuple juif reste pour nous la racine sainte d’où est né Jésus », a rappelé le pape François1 . Et le Saint-Siège a confirmé la nécessité d’interpréter les enseignements de Jésus et de ses disciples « dans l’horizon juif, dans le contexte de la tradition vivante d’Israël »2 .

La deuxième question soulevée par saint Jean-Paul II lors de son discours à la synagogue de Rome concerne l’attribution d’une responsabilité collective au peuple juif pour la mort du Christ : « Aucune culpabilité ancestrale ou collective ne peut être imputée aux Juifs en tant que peuple pour “ce qui s’est passé lors de la Passion du Christ” », a déclaré le Pape en citant la déclaration conciliaire (Jean-Paul II, Discours à la Grande Synagogue de Rome, 13 avril 1986, n° 4). Tous les actes de discrimination et de persécution à l’encontre des Juifs qui ont eu lieu au cours des siècles en lien avec cette accusation doivent être condamnés.

Il convient de rappeler que le Catéchisme de l’Église catholique, faisant écho au Concile de Trente, enseigne sans équivoque : « L’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave des tourments infligés à Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent fait porter le poids aux seuls Juifs. (…) On voit que notre crime, en cette affaire, est plus grand en nous qu’en les Juifs. Quant à eux, selon le témoignage de l’Apôtre, « aucun des chefs de ce siècle ne l’a compris ; car s’ils l’avaient compris, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire » (1 Co 2, 8).  (…) Lorsque nous le renions par nos actes, nous semblons en quelque sorte porter la main sur lui » (CEC 598).

Dans son discours, le Pape s’est fermement opposé à la représentation des Juifs comme « rejetés ou maudits ». Depuis plus de 1 500 ans, ces idées – présentes dans l’enseignement catholique et dans l’interprétation erronée des Écritures – ont façonné les attitudes chrétiennes, contribuant à la haine, à la persécution et aux manifestations d’antisémitisme. Nous devons nous rappeler que l’Église catholique affirme aujourd’hui sans équivoque : les Juifs sont toujours aimés de Dieu, qui les a appelés par une vocation irrévocable. Car Dieu, fidèle à ses promesses, n’a pas révoqué la Première Alliance. Israël reste le peuple élu3 .

En 1997, évoquant les racines de l’antisémitisme dans les milieux chrétiens, saint Jean-Paul II a qualifié l’existence durable d’Israël de « fait surnaturel ». « Ce peuple persévère malgré tout parce qu’il est le peuple de l’Alliance », a déclaré le Pape4 . Un retour aux sources et une réflexion théologique sur le mystère de la survie d’Israël, entrepris au XXe siècle – en particulier à la lumière de la terrible tragédie de la Shoah (Holocauste) qui s’est déroulée en Europe – ont abouti à un nouvel enseignement de l’Église sur les juifs et le judaïsme, enraciné dans la tradition apostolique.

Inspirée par la déclaration conciliaire, la réflexion de l’Église met de plus en plus en évidence les liens qui unissent juifs et chrétiens. Il s’agit notamment du respect de la Parole de Dieu, de la prière et de la liturgie, ainsi que de l’espérance messianique pour l’avenir. Car « les peuples de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament tendent vers une même fin dans l’avenir : la venue ou le retour du Messie – même s’ils partent de deux points de vue différents »5 . Évoquant cet espoir eschatologique partagé, saint Jean-Paul II a déclaré : « La Nouvelle Alliance a ses racines dans l’Ancienne. Le moment où le peuple de l’Ancienne Alliance pourra se reconnaître comme faisant partie de la Nouvelle est, naturellement, une question qu’il faut laisser au Saint-Esprit. Nous, en tant qu’êtres humains, nous nous efforçons seulement de ne pas mettre d’obstacles sur le chemin »6 .

L’anniversaire de la visite du Pape à la synagogue de Rome tombera le lendemain de la fin de l’octave de Pâques. Cette année, juifs et chrétiens célèbrent la Pâque juive en même temps. C’est l’occasion de réfléchir aux racines juives de la liturgie chrétienne.

Saint Jean-Paul II soulignait que ces « racines doivent encore être explorées plus en profondeur ; surtout, elles doivent être mieux connues et appréciées par les fidèles », car « prendre en compte la foi et la vie religieuse du peuple juif telles qu’elles sont professées et vécues aujourd’hui peut nous aider à mieux comprendre certains aspects de la vie de l’Église »7 .

Dans de nombreuses villes – parfois proches de nous, parfois un peu plus loin – se trouvent des synagogues qui ont survécu aux ravages de la guerre. Dans la plupart d’entre elles, le son joyeux de la prière du Shabbat ne résonne plus. Il en existe cependant certaines qui sont animées par une vie religieuse. Suivant les traces de saint Jean-Paul II, rendons-nous dans une synagogue le 13 avril. Souvenons-nous des hommes et des femmes dont les prières ont imprégné ces murs pendant des siècles. Dans la mesure du possible, rencontrons nos sœurs et frères juifs. En nous souvenant que nous prions toujours pour eux dans la liturgie du Vendredi saint, demandant à Dieu que le peuple qu’Il s’est d’abord fait sien puisse « grandir dans la fidélité à son alliance » et « atteindre la plénitude de la rédemption ». Car « la participation des Juifs au salut de Dieu est théologiquement incontestable, mais comment cela peut-il être possible sans confesser explicitement le Christ, c’est et cela reste un mystère divin insondable »8 .

Que Marie, la Mère de notre Seigneur, la « Fille élue d’Israël »9 ,nous soutienne par sa prière.

Les évêques de l’Église catholique en Pologne
présents à la 404e Assemblée plénière de la Conférence épiscopale polonaise.

Varsovie, le 12 mars 2026

Références :

  1. François, Lettre à un non-croyant : le pape François répond au Dr Eugenio Scalfari, journaliste du quotidien italien La Repubblica.

  2. Commission pour les relations religieuses avec les juifs, « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29) : Réflexion sur des questions théologiques relatives aux relations entre catholiques et juifs à l’occasion du 50e anniversaire de « Nostra Aetate ».

  3. François, Evangelii Gaudium, 247 ; Rm 11, 29 ; CEC, 839 ; Nostra Aetate, 4.

  4. Jean-Paul II, Discours lors d’un colloque sur les racines de l’antijudaïsme, 31 octobre 1997.

  5. Commission pour les relations religieuses avec les juifs, Notes sur la manière correcte de présenter les juifs et le judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique romaine, 24 juin 1985, II, 10.

  6. Jean-Paul II, Franchir le seuil de l’espérance, New York 2005, p. 165.

  7. Jean-Paul II, Discours aux participants à la Rencontre des délégués des Conférences épiscopales nationales et d’autres experts sur les relations entre catholiques et juifs, Rome, 6 mars 1982 (traduction personnelle).

  8. Commission pour les relations religieuses avec les juifs, « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29) – Réflexion sur des questions théologiques relatives aux relations entre catholiques et juifs à l’occasion du 50e anniversaire de « Nostra Ætate ».

  9. Recueil de messes de la Bienheureuse Vierge Marie : Messe de la Bienheureuse Vierge Marie, Fille élue d’Israël I.

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Un homélie pascale toute en profondeur

L’homélie  pascale prononcée au Saint-Sépulcre  en cette nuit de Pâques par le cardinal Pierbattista PIZZABALLA, patriarche latin de Jérusalem, mérite vraiment toute notre attention et notre méditation. Une approche originale du mystère de Pâques : un vide, une  rupture, mais en même temps une annonce. « Nous ne savons pas où ils l’ont mis, nous ne savons pas »… « Parce qu’il est ressuscité, nous ne le trouverons jamais là où nous l’avions mis. Nous le retrouverons devant nous, qui nous appelle à sortir ».

 Nous vous proposons le texte intégral de l’homélie sur le site du Patriarcat de Jérusalem, que nous vous invitons à découvrir : lpj.orhttps://lpj.org/fr/news/easter-sunday-homilyg/fr/news/easter-sunday-homily

 

Homélie Pascale de la Résurrection 

Jérusalem, Saint Sépulcre, 5 avril 2026 

Ac 10,34.37-43 ; Col 3,1-4 ; Jn 20,1-9 

« Frères et sœurs, 

Ici, dans ce Sépulcre, nous ne sommes pas devant un symbole : nous sommes devant un vide réel. Un vide qui n’est pas une absence, mais une annonce. Un vide qui ne nous laisse pas tranquilles, car il nous arrache ce que nous voudrions retenir. Pâques commence ainsi : non pas par une explication, mais par une rupture. Non pas par une émotion, mais par une question qui nous désoriente. 

L’Évangile d’aujourd’hui nous met tout de suite en mouvement. Marie de Magdala arrive « de bonne heure », alors qu’il fait encore nuit. Elle se rend à l’endroit où elle pense trouver Jésus. C’est un geste plein d’amour, mais aussi plein d’habitude : elle cherche là où elle l’avait laissé, là où la mort l’avait placé. Et elle trouve la pierre roulée, le tombeau ouvert, et surtout, elle ne trouve pas le corps. Et alors elle prononce cette phrase qui est, au fond, le premier mot de toute foi véritable : « Nous ne savons pas… » (Jn 20, 2). Nous ne savons pas où ils l’ont mis. Nous ne savons pas. 

Voici la première provocation pascale, ici, dans le lieu le plus saint et le plus fragile de notre mémoire : Dieu ne se laisse pas posséder. Le Ressuscité n’est pas là où nous l’avions mis. Il n’est pas là où nos certitudes l’avaient installé. Le Ressuscité nous précède. Telle est l’idée forte de Pâques : ce n’est pas nous qui gardons Dieu ; c’est Dieu qui nous libère. 

Nous, au contraire, nous voudrions une foi qui ne bouleverse pas. Nous voudrions trouver Jésus « à sa place » : dans nos images, nos formules, nos schémas religieux qui deviennent parfois des cages, dans nos nostalgies. Et pourtant, à Pâques, Dieu fait une chose que nous n’avions pas demandée : il se soustrait. Non pas pour fuir, mais pour nous sauver d’un malentendu : que la foi soit quelque chose à posséder, un contrôle, une preuve dans notre poche. 

C’est pour cela que Marie court. C’est pour cela que Pierre et l’autre disciple courent. La foi, lorsqu’elle est authentique, n’est jamais immobile. C’est une course à la poursuite d’une absence qui devient une promesse. Ils entrent dans le tombeau et voient des signes : les linges, le suaire, tout est déposé avec soin. Ce n’est pas un détail secondaire. Ce n’est pas un décor. La mort n’est plus un vêtement qui recouvre, mais un habit qui a été rangé avec soin, sans qu’il soit plus nécessaire de le porter. C’est comme si l’Évangile nous disait : regardez bien, car la Résurrection n’est pas de la magie. C’est une liberté nouvelle. Jésus n’a pas été traîné dehors : il est sorti. La mort, pour Lui, n’est plus une prison : c’est un vêtement laissé là, plié, inutile. 

Et ici, dans le Saint-Sépulcre, cela nous parle aussi avec force. Il y a des pierres qui ferment la vie. Il y a des « définitifs » que nous prononçons trop vite : définitif est l’échec, définitive est la blessure, définitive est la faute, la peur, la haine, la solitude. Et pourtant, dans le récit pascal, la pierre n’est pas seulement un objet : c’est le symbole de tout ce que nous considérons comme fermé, sans issue. Et Pâques dit : ce n’est pas le cas. 

Pâques ne nous promet pas une vie « facile ». Pâques nous promet une vie ouverte. Et pour l’ouvrir, Dieu doit souvent d’abord nous priver de certaines certitudes. C’est pourquoi la Résurrection, avant de consoler, trouble. Avant de remplir, elle vide. Avant de donner, elle enlève. Elle enlève l’idée d’un Dieu apprivoisé. Elle enlève une religion qui n’est qu’habitude. Elle enlève une espérance qui ne risque rien. 

Et alors on comprend la parole de Paul aux Colossiens : « recherchez les réalités d’en haut » (Col 3,1). Cela ne signifie pas fuir la terre. Cela ne signifie pas fermer les yeux sur la douleur du monde. Cela signifie plutôt changer d’orientation : cesser de vivre le regard rivé sur les tombes – y compris les tombes intérieures – et apprendre à vivre en ressuscités. « Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3) : c’est-à-dire que votre vie n’est pas définie par vos péchés, ni par vos peurs, ni par vos défaites. Elle est gardée ailleurs, avec le Ressuscité, en Dieu. Et c’est précisément pour cela qu’elle peut s’ouvrir à nouveau, ici, maintenant. 

Et la première lecture, tirée des Actes des Apôtres, nous donne elle aussi une autre clé décisive : Pierre annonce que Jésus est passé en faisant le bien, qu’il a été mis à mort et que Dieu l’a ressuscité ; et il ajoute que cette nouvelle s’adresse à tous, sans distinction : « Dieu est impartial » (Ac 10, 34). Aucun peuple, aucune langue, aucune histoire n’est exclue de cette espérance. Si la mort a été vaincue, alors aucune vie n’est « trop perdue » pour être recherchée. Pâques est universelle parce qu’elle naît dans un lieu précis, concret, réel – ici – et c’est précisément pour cela qu’elle peut atteindre concrètement et réellement le monde entier. 

Suivent deux paragraphes en italien, dont voici la traduction :

Ce n’est pas une pensée abstraite. Nous nous tenons à l’endroit même où la pierre a été roulée, mais nous savons bien qu’autour de nous, trop de pierres restent scellées. Trop de tombeaux ont été creusés de nouveau par la haine, la violence et la vengeance. En cette Terre Sainte, berceau de la foi et terre d’affrontements incessants, la question résonne avec une force dramatique : « Où l’avez-vous mis ? » Car il semble que nous remettions le Seigneur dans un tombeau, chaque fois que nous croyons que la mort a le dernier mot sur l’histoire, chaque fois que nous nous soumettons à la logique de l’ennemi, chaque fois que nous qualifions la « paix » de simple trêve armée et la « justice » de simple calcul des dégâts.

Mais Pâques nous dit : le Ressuscité n’est pas prisonnier de nos stratégies de survie. Il n’est pas prisonnier de notre raisonnement ni de nos peurs. Il est déjà sorti, et il nous précède. Il nous précède par le courage de recommencer, par la reconnaissance du visage de l’autre, par le désarmement du cœur avant même que les mains ne s’abattent sur nous. Alors que les voix de la mort s’élèvent encore autour de nous, nous n’avons d’autre arme que ce tombeau vide : proclamer que rien n’est définitif, que le dernier mot n’appartient pas à celui qui ensevelit, mais à celui qui ressuscite. Le Seigneur est ressuscité : et ce n’est pas un dogme lointain, mais un refus de la résignation. C’est le seul espoir qui puisse encore ouvrir, ici et maintenant, les portes de la paix.

 

Non è un pensiero astratto. Noi siamo nel luogo dove la pietra è stata rotolata via, ma sappiamo bene che intorno a noi troppe pietre sono ancora chiuse. Troppe tombe sono state scavate di nuovo dall’odio, dalla violenza, dalla ritorsione. In questa Terra Santa, che è madre di fede e che è diventata anche terra di continui confronti, risuona con forza drammatica la domanda: “Dove lo avete posto?” Perché sembra che abbiamo rimesso il Signore in un sepolcro, ogni volta che crediamo che la morte abbia l’ultima parola sulla storia, ogni volta che ci rassegniamo alla logica del nemico, ogni volta che chiamiamo “pace” soltanto una tregua armata e “giustizia” soltanto il calcolo del danno. 

Ma la Pasqua ci dice: il Risorto non sta dentro le nostre strategie di sopravvivenza. Non è prigioniero né delle nostre ragioni né delle nostre paure. Egli è già uscito, e ci precede. Ci precede nel coraggio di ricominciare, nel riconoscere il volto dell’altro, nel disarmare il cuore prima ancora che le mani. E allora, mentre qui intorno a noi si levano ancora voci di morte, noi non abbiamo altra arma che questo sepolcro vuoto: per annunciare che nulla è definitivo, che l’ultima parola non appartiene a chi seppellisce, ma a chi risorge. Il Signore è risorto: e questo non è un dogma lontano, ma una disobbedienza alla rassegnazione. È l’unica speranza che può ancora aprire, qui e ora, le porte della pace. 

Et voici la deuxième provocation pascale : le Ressuscité n’est pas un objet de culte ; c’est un sujet qui appelle. On ne se contente pas de le contempler : on le suit. On ne le retient pas : on le laisse nous précéder. Marie aussi devra l’apprendre. Les disciples aussi devront l’apprendre. Et nous aujourd’hui, qui sommes ici, dans le lieu le plus chargé de mémoire chrétienne, nous devons l’apprendre avec une humilité particulière : même les lieux saints peuvent devenir un musée s’ils ne deviennent pas un exode ; la liturgie peut devenir répétition si elle ne devient pas conversion ; et la foi peut devenir correcte mais stérile si elle ne devient pas courageuse. 

C’est pourquoi, aujourd’hui, dans le Saint-Sépulcre de Jérusalem, je voudrais me rappeler une seule phrase : le Ressuscité n’est pas là où nous l’avions mis : il nous précède. 

Il nous précède lorsqu’il nous appelle à sortir de nos tombeaux : non seulement ceux de la mort physique, mais aussi ceux de la résignation, du cynisme, de l’indifférence. Il nous précède lorsqu’il nous invite à cesser de définir les personnes par leurs erreurs, l’histoire uniquement par sa douleur, ou nous-mêmes par nos péchés. Il nous précède quand, au lieu de nous donner une réponse toute faite, il nous met en chemin. 

Et alors nous comprenons aussi le sens des signes : la pierre roulée, les linges repliés, le tombeau ouvert. Ils sont comme un message laissé exprès pour nous : la vie ne peut plus être enfermée. Il ne s’agit pas de « regarder le ciel » pour s’évader de la terre, mais de regarder la terre avec des yeux nouveaux, avec le regard de celui qui a compris que le dernier mot n’est pas « fin », mais « commencement ». 

Pâques n’est pas une phrase à répéter ; c’est une porte à franchir. La pierre a été enlevée. Le passage est ouvert. Mais c’est à nous de décider si nous voulons rester à l’intérieur ou sortir. 

Sortir signifie, concrètement : choisir le pardon alors qu’il serait plus facile de se refermer sur soi-même ; choisir la vérité alors qu’il serait plus commode de s’adapter ; choisir l’espérance alors que tout semble indiquer le contraire ; choisir de faire le bien, comme Jésus « est passé en faisant le bien », même si cela ne fait pas de bruit, même si cela ne confère aucun prestige. 

Car tel est le jugement de la Résurrection sur nous : elle ne nous demande pas si nous savons parler de Pâques ; elle nous demande si nous vivons comme des ressuscités. Elle ne nous demande pas si nous avons les mots justes, mais si nous avons un cœur en mouvement. Elle ne nous demande pas si nous savons trouver Dieu uniquement dans les lieux sacrés, mais si nous savons le reconnaître vivant dans les signes concrets de la vie, là où la vie et la mort se croisent chaque jour. 

Et alors, une fois encore, ici, au Saint-Sépulcre, à l’endroit où l’histoire a changé de cap, nous ne prononçons pas une phrase de circonstance. Nous prononçons une décision. Nous prononçons une annonce qui nous dépasse et nous précède : Le Seigneur est ressuscité ! 

Et précisément parce qu’il est ressuscité, nous ne le trouverons jamais là où nous l’avions mis. Nous le trouverons devant nous, qui nous appelle à sortir. 

Joyeuses Pâques ! 

† Pierbattista Card. Pizzaballa
Patriarche latin de Jérusalem

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Un très beau message de Pessa’h-Pâques

Nous avons reçu un très beau message de Pessa’h-Pâques, pour nos amis juifs et chrétiens, de la part de Maddy Verdon, précédemment présidente du groupe de Nantes de l’Amitié  Judéo-Chrétienne et toujours Secrétaire générale honoraire de l’AJCF nationale.

Nous vous le transmettons bien volontiers.

« Chers amis,

Au cours du Seder pascal prochain,(premier jour  de Pessa’h demain 2 avril)

comme tous les ans, toutes les familles juives vont redire le psaume 117

      Louez l’Eternel tous les peuples,

      Louez-le, toutes les nations

      Car ses bienfaits nous ont submergés,

      Et à jamais, est Eternelle à Dieu, Ta vérité 

Puis les chrétiens, peu de temps après, lors de la Veillée pascale,(nuit du 4 au 5 v*avril) chanteront les paroles du psaume 118

      Célébrez le Seigneur car il est bon,

      Et sa fidélité est pour toujours.

     Qu’Israël le redise

     Sa fidélité est pour toujours !

Le psalmiste rappelle, dans ses méditations, que Dieu accorde sa bonté à tous les peuples, à toutes les nations. Mais c’est aussi un Dieu fidèle, fidèle à son alliance, un Dieu qui a libéré son peuple de l’esclavage et qui en a fait une nation.

Sa fidélité est pour toujours et ne revient jamais en arrière comme l’affirme Saint Paul, dans son épitre aux Romains. Nous les chrétiens, notre libération nous vient de Jésus qui est venu témoigner de l’amour infini de Dieu…

La Communauté juive souffre actuellement d’un antisémitisme grandissant et odieux.

La guerre est en Israël. Nous nous devons d’être engagés aux côtés de nos frères juifs et de les assurer de notre fidélité en ces temps troublés et difficiles pour nombre d’entre eux. Mais il nous faut aussi penser à la souffrance et au malheur de toutes les victimes des guerres qui ont lieu actuellement au Moyen Orient…

Cependant, que la joie de la libération, la joie pascale, nous inonde, qu’elle nous apporte aux uns et aux autres une même espérance dans ce Dieu d’amour et de fidélité !

Nous savons que Dieu nous aime tous. Laissons cette certitude éclairer nos fêtes de Pessah et de Pâques.

L’évangéliste Luc rapporte cette parole de Jésus « Priez toujours et ne perdez pas courage »

Belles fêtes à tous ainsi qu’à vos familles !

Maddy »

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La grande Semaine de Pessa’h à Pâques

Comme chaque année,  c’est un grand moment que nous sommes invités à vivre dans chacune de nos communautés : Pessa’h pour nos frères juifs – et la Semaine Sainte des chrétiens qui culmine à la fête de Pâques.

Petite particularité cette année, à cause d’une petite  différence de calendriers,  juifs et chrétiens célébreront la fête la plus importante de leur culte à une semaine d’intervalle,  Pessa’h ayant lieu jeudi 2 avril (premier seder de Pessa’h la veille mercredi 1/4) . Mais comme la fête dure 8 jours, elle coincide avec  la Semaine sainte des chrétiens, qui culmine au dimanche de Pâques 5 avril.

Pessa’h (la Pâque en hébreu), est une des trois fêtes de pèlerinage du calendrier juif. Elle début le 15ème jour du mois de nisan (début la veille au soir 14 nisan) et se poursuit sept jours durant en Israël et huit en Diaspora.

Célébration cette année du jeudi 2 avril au jeudi 9 avril 2026, avec un premier seder dès mercredi soir,  Nous sommes donc en plein dans la Semaine Sainte des chrétiens, qui trouvera son couronnement le dimanche de Pâques 5 avril. (Il est intéressant de noter que cette année nous nous trouvons dans une configuration des deux fêtes proche de celle qu’ont dû vivre Jésus et ses apôtres, membres de la communauté juive de leur temps.)

Pour vous présenter cette fête de Pessa’h, il est bon d’entrer dans le texte de Dominique de La Maisonneuve, prix AJCF 2012 avec Louise-Marie Niesz, dans son ouvrage : « Le Judaïsme », aux éditions de l’Atelier (p. 113-114) :

« Selon la Torah, la Pâque doit toujours avoir lieu au printemps, le quatorze du mois de Nisan (Ex 12,6) mois de la sortie d’Egypte (Ex 23,15) : « Observe le mois d’Abib (des épis, en cananéen, le premier mois de l’année, c’est-à-dire Nisan) et célèbre la Pâque pour le Seigneur, ton Dieu » (Dt 16,1). Pour permettre ce rythme annuel avec des mois lunaires, on en ajoutait tous les deux ou trois ans, un treizième aux douze des années habituelles.

Aux temps bibliques, les nomades fêtaient, à cette saison, deux événements concomitants : l’un agricole, le début de la moisson d’orge; l’autre pastoral, le sacrifice d’un agneau consommé en famille.

Sur ces réalités significatives du renouveau de la nature, la tradition biblique va greffer un événement historique : la sortie d’Egypte. C’est un événement capital, fondateur du peuple, car il le fait passer – Pâque- Pessah – passage – de la servitude à la liberté. [Pessa’h indique aussi le fait que l’ange exterminateur soit passé par-dessus les portes des israélites marquées du sang de l’agneau. (Ex 12,13. 26-27) NDLR ].  Comme le printemps, c’est le retour à la vie après la mort de l’esclavage, un renouveau opéré par Dieu lui-même, désormais Sauveur pour son peuple : « C’est moi le Seigneur, ton Dieu qui-t’ai-fait-sortir-du-pays-d’Egypte » ((Ex 20,2).

Bien qu’il y ait un office synagogal propre à Pessah, le rite principal se déroule autour de la table familiale. A la tombée de la nuit, le Seder – repas rituel – rassemble la famille et souvent bon nombre d’amis. Ce repas se déroule selon un certain ordre, c’est le sens du mot seder, véritable liturgie dont le développement est consigné dans la Haggadah – récit – de Pessah. Il commence par une question posée par l’enfant le plus jeune, dès qu’il est en âge de questionner : « Qu’il a-t-il de particulier ce soir ? » En effet, dans un décor festif, il découvre sur la table des ingrédients inhabituels. Entre autres, des pains non levés – matsot – qui rappellent la hâte avec laquelle il avait fallu prendre ce repas (Ex 12,11) ; des herbes amères, comme le goût que l’on conserve de la servitude d’Egypte ; un mélange de pommes et de noix pilées pour représenter le mortier que les enfants d’Israël furent condamnés à fabriquer ; de l’eau salée symbolisant les larmes qu’arrache l’énumération des plaies d’Egypte. On ne peut se réjouir de la mort de ses ennemis…

Cette question posée par l’enfant : « Que se passe-t-il donc ce soir ? » donne l’occasion au père de famille, ou à un autre adulte, de faire mémoire du récit biblique, enrichi des commentaires de la tradition orale sur la servitude d’Egypte et la libération du peuple par Dieu.

On chante les psaumes du Hallel – louange – (Psaumes 113 à 118) ; on souhaite de se retrouver : « L’an prochain à Jérusalem« , évoquant par là l’impatiente attente du Messie. Des cinq coupes de vin rituelles, la cinquième reste pleine pour le ‘prophète Elie’ qui, selon la tradition, reviendra avec le Messie.

Parce qu’elle a donné naissance au peuple, cette libération en est l’événement fondateur. Elle demeure le symbole de toutes les libérations, de tous les saluts, passés et à venir, que Dieu ne cesse d’accorder à chacun : « Chaque juif doit se considérer comme s’il était lui-même, aujourd’hui, sorti d’Egypte » (Mishnah de Pessah 10,5) »         « Le Judaïsme », p. 113-114

Comment ne pas voir le lien avec la fête chrétienne de Pâques ?

Après tous les événements de la Semaine Sainte, qui commence avec le dimanche des Rameaux et de la Passion, ce 5 avril  2026,  événements qui eurent lieu au début de notre ère dans le cadre de la célébration de la Pâque juive, la fête de Pâques célèbre la résurrection du Christ, sa victoire sur la mort qui est l’élément central de la foi chrétienne. En même temps elle nous fait participer à sa résurrection en célébrant notre passage de la mort à la vie. C’est la bonne nouvelle de la victoire de la vie. Pâques est une fête que l’on célèbre dans une joie communicative. « Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, Alléluia ».

p

Pour en savoir plus : sur le site du Collège des Bernardins, une explication (texte et video, un peu longue mais très  documentée et éclairante) de Sylvaine Lacout, docteur en théologie, maître de Conférences en Écriture Sainte ) : « Pâque juive et Pâques chrétiennes »   ICI

Pourquoi un « s » au mot Pâques : allez donc voir ici .

Cette année Pâques est donc célébré le dimanche 5 avril, par les Catholiques et les Protestants mais  également le 12 avril par les Orthodoxes (divergence une fois de plus entre les calendriers julien et grégorien).

Vous fréquenterez certainement aussi avec profit le campus numérique juif Akadem, qui vous propose des tas de possibilités d’information et de formation. Ne manquez pas surtout cet échange entre Ruben Honigmann, journaliste, et Antoine Guggenheim, docteur en théologie, sur le thème : « Comment Pessa’h est devenu Pâques : le Seder au temps de Jésus ». A voir ici.

Hag Pessa’h saméah – Joyeuses fêtes de Pâques

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Journée nationale contre l’antisémitisme 2026

Comme chaque année maintenant, l’Amitié judéo-chrétienne groupe de Nantes s’apprête à honorer la journée nationale de lutte contre l’antisémitisme créée à l’initiative de l’AJCF nationale.

Pour nous ce sera  le dimanche 15 mars à partir de 15 h.

Cette cause qui est la nôtre est, hélas, plus que jamais d’actualité.

Aussi, nous vous espérons très nombreux

le dimanche 15 mars à 15 h 

 CCAN, Centre culturel André Néher,

6 impasse Copernic à    Nantes

1 – Nous écouterons la conférence de Jonas Pardo, créateur et animateur de formations à la lutte contre l’antisémitisme. A cette occasion vous pourrez acheter son livre

« Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme »

         Nous partagerons ensuite  une collation chaleureuse et amicale.

2 – Puis nous regarderons ensemble le film

« La plus précieuse des marchandises » (de Michel Hazanavicius – 2024)

Participation unique aux frais   : 10 euros

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Fête de Pourim

POURIM 2026

Après les grandes  fêtes d’automne, Roch Hachana, Kippour et Soucot  et avant la non moins grande fête de Pessah,
à la pleine lune de printemps, 

deux fêtes joyeuses rappellent aux communautés juives
d’importants événements de leur histoire :

C’était, en décembre, les lumières de Hanoucah,

rappel du miracle d’huile lors de l’inauguration
du Temple profané par les Grecs.

Aujourd’hui c’est la fête de Pourim.

De quoi s’agit-il à Pourim ?

A Pourim, il s’agit, comme à Hanoucah
de commémoration et d’action de grâce.

Cela se  passait  en Perse ( Tiens : l’Iran déjà !) vers le milieu du 5ème siècle  avant notre ère.  Des juifs y étaient déportés.

Une jeune Juive, parmi les déportés, devint reine de Perse :
Esther, dont le nom signifie : « caché ».

Et le grand vizir, Haman, essayait
d’éliminer les juifs du royaume. Cela ne vous rappelle rien dans l’actualité de cette semaine ?

Haman dit au roi : « Il y a un peuple particulier,
dispersé et séparé au milieu des peuples  
dans toutes les provinces du royaume… 
Leurs lois sont différentes de celles de tout peuple… 
Le roi n’a pas intérêt à les laisser tranquilles » (Est 3,8).

Haman obtint du roi Assuérus un décret lui permettant de réaliser son plan de destruction.

Le roi Assuérus ne savait pas qu’Esther, sa jeune épouse, était juive.

Le mot POURIM dont le sens est « tiré au sort » fait référence aux dés lancés par Haman pour fixer
la date propice au massacre qu’il fomentait (Est 3, 7-17).

La reine Esther, avertie par son oncle Mardochée, du dessein d’Haman, se tourna vers D.,
elle pria, fit prier ; elle jeûna, elle fit jeûner ;
elle osa enfin aller trouver le roi… Un plan mûrit en elle…

Les péripéties de cette histoire tirée de la Bible sont écrites dans « le rouleau d’Esther ».

Il est lu  intégralement le jour de la fête.* Lisons-le aussi et retenons que le destin que Haman
a prévu pour les Juifs retombera sur lui…

Nous approfondirons ainsi le sens de la présence juive au sein des nations.

Nous comprendrons mieux la joie de POURIM.

A POURIM, en effet, c’est la joie : on se déguise, on mime, on festoie.

Mais cette fête nous rappelle aussi que l’antisionisme est toujours là, présent, parfois caché sous les termes d’antisionisme, visant la destruction d’Israël. Les événements actuels au Proche et Moyen-Orient nous rappellent que Haman  ressurgit encore derrière Amalek, l’ennemi irréductible. Au fait, Amalek est-il vraiment vaincu ?

En célébrant POURIM les Juifs renouvellent l’affirmation de leur foi en D.

Ils fêtent leur salut, leur victoire sur l’ennemi :
Haman, archétype de l’antisémite.

La fête de POURIM est célébrée le 14 Adar du calendrier juif,
soit, cette année 2026, le 3 mars.

avec la commémoration du jeûne d’Esther dès lundi 2 mars.

Vous pouvez en savoir davantage en lisant l’article paru sur le site du Service National pour les relations avec le judaïsme (SNRJ).

https://relationsjudaisme.catholique.fr/judaisme-vivant-aujourdhui/les-fetes/279-pourim/

N’hésitez pas à lire sur le site de l’AJCF l’article d’Anne-Marie Dreyfus sur Pourim :

https://www.ajcf.fr/La-fete-de-Pourim-AM-Dreyfus.html

Nous souhaitons

une joyeuse fête de Pourim (Hag Pourim Saméakh)
à tous nos amis
de la Communauté juive.

,*

et beaucoup de courage en ces temps difficiles  une fois de plus.

  *  Racine, au XVIIème siècle en a fait l’objet d’une de ses tragédies.

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